Mélanie Stoecklin

Les Vitrines de Colmar

A propos

Animatrice des Vitrines de Colmar depuis plus de vingt ans, Mélanie Stoecklin accompagne au quotidien un réseau de 240 commerçants et acteurs locaux.

Dans cette ville où le flux de visiteurs reste un atout, les Vitrines de Colmar jouent un rôle devenu essentiel : fédérer les commerçants, faire remonter les réalités du terrain et rappeler qu’un centre-ville vivant ne se décrète pas, il s’organise au quotidien.

Animatrice de commerce depuis plus de vingt ans, Mélanie Stoecklin connaît cette mécanique de l’intérieur. Dans cet entretien, elle revient sur l’évolution de l’association, aujourd’hui forte de 240 adhérents, sur le succès des chèques cadeaux locaux, les animations de quartier, la relation avec la municipalité, la question sensible de la piétonnisation, mais aussi sur le virage numérique pris après l’expérience de la marketplace lancée pendant le Covid.

À travers son témoignage, c’est une question très concrète qui se dessine : comment une association de commerçants peut-elle encore faire venir les clients en ville, à l’heure où les achats se dispersent entre Internet, réseaux sociaux, tourisme de passage et nouvelles attentes de proximité ?

Nicolas Salin : Comment l'association a-t-elle évolué ces dernières années pour passer d'un simple regroupement de commerçants à un acteur institutionnel majeur ?

Melanie Stoecklin : Cela fait plus de 20 ans que je suis animatrice de commerce au sein des Vitrines de Colmar, association créée il y a près de 25 ans. Il faut savoir qu’au départ, plusieurs associations de quartiers s’étaient formées dans toute la ville et suite à une demande de la Chambre de Commerce, la Fédération des commerçants a vu le jour pour jouer des synergies entre tous les quartiers de la ville. Il y a 10 ans de cela environ, nous avons adhéré aux Vitrines de France, d’où le nom des Vitrines de Colmar. Beaucoup de villes, par exemple Strasbourg et Mulhouse, ont suivi le même mouvement en adhérant à cette association. Nous avons connu une belle évolution au fur et à mesure des années, ponctuée d’aléas et de crises diverses comme la période du Covid, celle aussi d’un gros projet de village de marques qui souhaitait s’implanter dans l’agglomération et qui a donné lieu à l’une de nos plus âpres batailles. Notre opposition au projet qui a duré plusieurs années était justifiée car toutes les enseignes prévues dans ce village de marques étaient toutes quasi présentes au centre-ville de Colmar.

NS : Quand vous dites les « différents quartiers », ce sont les quartiers du centre-ville ?

MS : Non. Attention, nous, Vitrines de Colmar, ce n’est pas que le centre-ville. C’est autant l’hyper-centre que les petits quartiers qui sont autour, jusqu’à la zone industrielle. Depuis peu, nous avons même élargi le secteur pour accorder plus d’ampleur à notre dispositif « chèques cadeaux ». Nous parlons de Colmar Agglomération.

NS : Des détaillants peuvent avoir une boutique ou deux en centre-ville et des points de vente en périphérie. L’idée serait donc de ne pas opposer des zones de Colmar entre elles.

MS : Oui, bien au contraire, aujourd’hui, le but est de travailler tous ensemble, main dans la main et justement faire en sorte que les consommateurs viennent en Centre Alsace et viennent à Colmar.

NS : Avec plus de 200 adhérents, comment parvient-on à porter une voix unique pour des métiers aussi divers que l'habillement, la restauration ou l'artisanat ?

MS : Vitrines de Colmar regroupe exactement 240 adhérents de tous secteurs d’activité, commerçants, artisans, prestateurs de services, de la boutique indépendante au franchisé, au succursaliste. Avec le contexte économique plus compliqué, les succursalistes ont adhéré aux associations de commerçants et à la nôtre en particulier. L’artère principale, je ne sais pas si vous l’avez visitée, qui est la rue des Clés, toutes ses enseignes sont maintenant adhérentes aux Vitrines de Calmar. Aujourd’hui, toute ville, tout centre-ville doit inclure cette mixité commerciale. Notre force à Colmar est de compter beaucoup d’enseignes encore indépendantes, des multimarques. Aujourd’hui, nous en possédons même plus que Strasbourg. Ce qui nous fait peur, c’est leur potentielle disparition, nous sommes donc très vigilants en les accompagnant pour faire en sorte de préserver l’attractivité du centre-ville et donc de la ville.

NS : Justement, évoquons le binôme ville-association. Quelle est la nature de votre relation avec la municipalité ? Comment s’articule la prise de décision pour les grands projets urbains ? Est-ce que vous vous concertez quand vous lancez des animations ?

MS : Comment ça se passe ? Nous travaillons avec le service commerce de la ville de Colmar. Il est vrai qu’à la suite des récentes élections, une nouvelle adjointe au commerce a été nommée. Nous allons mettre en place des réunions trimestrielles pour avancer, je dirais déjà, sur le quotidien. Je ne peux pas encore vous exprimer exactement ce que souhaite la ville parce qu’il n’y a pas encore l’annonce d’une stratégie précise. Toutefois, une étude commerce lancée par la mairie avant les élections devrait livrer son constat dans les prochains mois ; ce qui nous permettra à mon avis d’avancer et de faire des propositions pour opérer de concert. Nous travaillons déjà très régulièrement avec la ville, même par rapport aux projets urbains et aux grands travaux en rencontrant les services comme celui de la voirie, celui lié aux permis de construire, etc. tous les grands pôles, pour qu’ils nous informent des travaux qui vont impacter les commerçants afin de trouver des solutions par exemple pour la communication et la visibilité. Parfois, nous coopérons sur de gros chantiers comme ce fut le cas pour celui de la piétonnisation de l’hypercentre de la cathédrale : l’association s’est montrée proactive dans la définition des périodes de travaux en signalant de ne pas les débuter début janvier car ils seraient concomitants aux soldes.

NS : Etes-vous en contact avec un manager de centre-ville ?

MS : A Comar, nous n’avons pas de manager de centre-ville mais une Chargée de mission Commerces de Centre-Ville, ses missions ne sont pas vraiment celles d’un manager à proprement parler car elle gère beaucoup d’administratif, les dépôts de dossiers d’enseignes, ce genre de choses. Ce qui ne lui laisse peut-être pas forcément assez de temps pour vendre Colmar à l’extérieur. Pour nous, ce serait vraiment une belle perspective.

NS : On vous voit souvent sur le terrain. En quoi consiste une "journée type" pour une animatrice de commerce à Colmar ?

MS : Une journée type, je crois que je n’en ai pas. C’est plutôt sympa de ne pas avoir de quotidien, de récurrence. C’est vrai qu’aujourd’hui je suis un peu partout sur le terrain mais aussi au siège de l’association pour plancher sur les animations et les opérations commerciales. Notre bureau directeur, composé d’une quinzaine de commerçants extrêmement impliqués, est très dynamique, une vraie chance pour Colmar, et c’est la force de notre association. Aujourd’hui, nous l’observons par rapport aux autres regroupements de commerçants où c’est plus compliqué. Notre bureau impulse cette dynamique. Tous les premiers mardis du mois, nous nous rencontrons et le bureau donne les directives, les grandes lignes et ensuite avec mon équipe nous mettons en place les actions et opérations commerciales. Nous sommes aidés par deux apprentis en communication et en comptabilité. Toute la partie contact avec les commerçants constitue un volet important de mon activité car nous tenons très régulièrement des ateliers à thème, le matin, de 8h15 à 9h30, juste avant l’ouverture des commerces. Le sujet de l’un des derniers ateliers s’intitulait « comment être visible sur le net sans avoir de site Internet ». Nous avons aussi organisé dernièrement un rendez-vous avec un responsable de la répression des fraudes pour rappeler aux commerçants ce qu’ils ont le droit de faire ou de ne pas faire. Nous leur délivrons des conseils, des tutos etc. Depuis Mai, nous lançons des animations de quartier ; ce sont des opérations commerciales par quartier : je regroupe tout le monde en même temps et je pars à la rencontre des commerçants de chaque partie de la ville. Cette proximité du terrain fait que nous connaissons les bonnes pratiques des uns et des autres, mais aussi remarquons surtout tout ce qui ne va pas ou tout ce qu’il faudrait améliorer. Charge à l’association de le remonter à la mairie. C’est souvent lors de ces rencontres que les propositions voient le jour… comme actuellement, nous parlons déjà de Noël à Colmar. Nous réfléchissons à la mise en place du circuit pour tous les visiteurs en fonction des constatations du plan de l’année précédente. Il est vrai que mes missions sont vraiment  larges, du bureau à la recherche de prestataires et d’animateurs en passant par le terrain.

NS : Représenter le trait d’union entre le terrain et ensuite votre correspondant municipal.

MS : C’est ça, tout à fait.

NS : En l’occurrence, vous êtes souvent le premier point de contact pour un commerçant en difficulté ou avec un projet. Comment gérez-vous ce rôle de conseil et de soutien ?

MS : Il est juste d’affirmer que nous avons de plus en plus de développeurs ou de créateurs d’entreprises qui viennent nous demander notre avis et des conseils sur tel local dans telle rue… Mes 20 ans d’expérience au sein des Vitrines de Colmar m’accordent une certaine facilité pour obtenir des renseignements auprès des services de la ville, des pompiers, etc. Je peux donc me permettre de les aiguiller et les épauler.

NS : Après les mutations de ces dernières années, quel est l'état d'esprit général des commerçants colmariens aujourd'hui ?

MS : Restons positifs ! Colmar est une très belle ville avec beaucoup d’enseignes dynamiques, de nombreuses enseignes indépendantes et une clientèle locale. De plus, a contrario d’autres communes, nous n’avons pratiquement pas de creux en termes de flux (je ne dis pas forcément en termes de consommation), même si la conjoncture actuelle est un petit peu difficile avec notamment la baisse du pouvoir d’achat. Évidemment, nos commerçants sont touchés, mais le flux de visiteurs nous permet de conserver une ville vivante et attractive quasiment toute l’année. Il est certain que depuis la période du Covid, le consommateur n’achète plus de la même manière ; un commerçant me confiait dernièrement qu’il y a 15 ans, le samedi, c’était génial. Il fallait que toutes les équipes soient présentes en magasin, que personne ne soit en congé. Aujourd’hui, un lundi après-midi, vous allez parfois faire autant de chiffres qu’un samedi après-midi. C’est incroyable.

NS : Le Covid a vraiment changé la donne. Les comportements d’achat ont changé avec les réseaux sociaux, l’e-commerce…

MS : Oui, il a fallu s’adapter. Notre raison d’exister pour accompagner et aiguiller les commerçants se justifie d’autant plus. Pendant la période du Covid, nous avions lancé notre Marketplace à l’aide de subventions allouées par la région Alsace, un site Internet d’envergure afin de  proposer aux commerçants de vendre leurs produits en ligne. Le métier de commerçant a vraiment changé depuis 10/15 ans. Le commerçant doit perpétuellement se remettre en question. Il ne peut plus aujourd’hui juste ouvrir sa boutique et vendre son jean, ses fleurs, ses produits quels qu’ils soient. Aujourd’hui, une fleuriste propose constamment un magasin de fleurs magnifique. En revanche, devant, elle va avoir une belle terrasse pour y proposer le café, le chocolat, etc. La boutique de prêt-à-porter va se photographier et mettre en avant tous ces produits sur les réseaux sociaux… Toutes ces nouvelles choses font que ce n’est plus du tout le même métier.

NS : D’autres acteurs du commerce m’ont exprimé des avis similaires, par exemple Antoine Garnaud à Angoulême qui crée des événements dans ses points de vente. Selon lui, auparavant, un client qui avait un besoin, entrait en boutique, achetait et repartait. Il me confiait récemment (cf interview du 22 avril 2026) que ce n’est plus du tout comme cela : il faut faire venir le client, lui faire plaisir, le connaître et le reconnaître.

MS : Pour le faire venir, comme vous dites, il faut créer des expériences, des événements, des soirées. Nous le faisons avec nos nombreux partenaires. Par exemple, prochainement, nous allons organiser une soirée avec la concession Mini qui lance la nouvelle Mini, un créateur de mode et une boutique haut de gamme, Paul Smith, en surfant sur la sortie de la nouvelle Mini, modèle… Paul Smith. Nous avons donc été le trait d’union, comme déjà dit, entre cette boutique haut de gamme au centre-ville et la concession automobile . Ensemble, ils vont créer un événement, inviter leurs clients respectifs  parce qu’ils s’adressent à la même cible haut de gamme. C’est cela aujourd’hui un commerçant, il doit tout le temps se remettre en question et réfléchir à sa mise en scène. Nous ne pouvons pas nous reposer sur l’existant, il faut vraiment se bouger. En outre, à Colmar, nous avons cette manne touristique, mais cela ne nous dispense surtout pas de rester très attentifs aux clients locaux. Très peu d’emplacements commerciaux sont vacants, mais il arrive que certains soient repris par des boutiques produits souvenirs, les nougats, les fruits secs, le fromage, etc. Et c’est sur ce sujet que nous devons nous montrer attentifs pour continuer à entretenir une offre commerciale intéressante pour les locaux.

NS : Je rebondis sur votre évocagion de la clientèle locale pour aborder le succès des Chèques Cadeaux : c’est votre outil phare. Pouvez-vous nous parler du volume injecté dans l’économie locale grâce à eux ? Comment convaincre les entreprises locales de les choisir pour leurs salariés ?

MS : Nous avons déployé de dispositif il y a environ une quinzaine d’années, un chèque cadeau vendu aux particuliers qui vont pouvoir les utiliser où bon leur semble, même dans de grandes enseignes. Il sera aussi desgtiné aux entreprises et comités d’entreprise. L’idée est de correspondre aux tendances actuelles de consommation locale, d’acheter ses fruits et légumes chez le maraîcher, etc. Donc, pour les entreprises, il s’agit de faire plaisir à leurs salariés tout en consommant local, en les incitant à acheter en ville et pas forcément sur Internet. L’usage des chèques cadeaux, les trois quarts du temps quand il sont proposés au niveau national, est utilisé sur Internet. L’objectif des nôtres correspond au credo du « consommons local, offrons une journée shopping à nos salariés ». Plus de 250 enseignes l’acceptent car depuis l’année dernière, nous avons étendu le secteur géographique d’acceptation à la demande des CSE, par exemple sur la zone de Houssen où se situe la Galerie du Carrefour. La population qui se rend le samedi à Houssen, va ensuite se diriger l’après-midi vers le centre-villle de Colmar prendre un verre, boire un café, compléter son shopping... Il faut travailler tous main dans la main, s’inscrire dans la même dynamique pour être plus forts et pour faire en sorte que le consommateur achète chez nous et pas sur le net.

Le succès du chèque s’explique ainsi : son détenteur va pouvoir aussi bien l’utiliser dans la petite boutique de chaussures Stanley ou Mephisto que dans les grandes enseignes, du type hypermarché, la Fnac, Decathlon, Intersport. Il va pouvoir aller chez le coiffeur avec, se payer un restaurant gastronomique. Pour information, JY’S, restaurant très renommé de Colmar, accepte ce chèque cadeau qui représente la certitude de faire plaisir et de consommer local.

NS : C’est vraiment très intéressant, vous êtes un modèle pour, à mon avis, beaucoup d’autres associations qui pourraient s’inspirer de toutes ces pratiques. Nous avons parlé du tourisme. Au-delà de l'achat ponctuel, comment l'association travaille-t-elle pour transformer le visiteur de passage en client régulier ?

MS : Beaucoup de boutiques, notamment indépendantes, nous disent recevoir une clientèle principalement issue des pays voisins, à savoir l’Allemagne et la Suisse. Certains commerçants accueillent à chaque saison, les mêmes familles, qui font par exemple le plein de chaussures, de vêtements, etc. J’estime que le succès de cette fidélisation réside dans notre différenciation commerciale : ne pas proposer les mêmes enseignes que les touristes fréquentent déjà  chez eux. Hors les Suisses et les Allemands, la fidélisation s’aborde différemment ; il s’agit davantage de leur donner une belle image de la France, une belle image de l’Alsace, d’être poli, accueillant. A leur retour dans leur pays d’origine, ils parleront de leur passage à Colmar à leurs amis et pourront leur dire que lors de leur voyage en Alsace, c’était top, tant au niveau de l’accueil que de la gastronomie pour ne citer que cela. Après, c’est également au commerçant lui-même d’exploiter son fichier clients pour communiquer auprès de sa clientèle touristique.

2026 marque aussi le début de notre collaboration avec l’Office du Tourisme. Nous allons déployer des outils de communication pour justement mettre le shopping en avant via une visite touristique qui va indiquer iun parcours comportant des lieux d’intérêt comme le musée Unterlinden, la Maison des Têtes, etc. Mais en même temps, il s’agira de signaler aux visiteurs notre offre commerciale. Et selon le quartier visité, proposer l’offre commerciale présente grâce à des supports digitaux. Nous étudions en ce moment la future communication à propos du circuit sur les réseaux sociaux. Nous proposons également avec l’Office du Tourisme les chèques cadeaux en anglais. Nous travaillons ainsi à transformer le touriste en client du commerce colmarien.

NS : Revenons sur vos propos concernant les cellules commerciales vacantes. Avez-vous un rôle de veille sur les cellules commerciales vides pour aider à l'installation de nouveaux porteurs de projets ?

MS : Alors, je dirais que nous, Vitrines de Colmar, nous ne pouvons rien faire en la matière. Cependant, la ville de Colmar a déployé depuis peu le droit de préemption, dont elle n’a pas usé pour le moment. Mais c’est en place. Maintenant, notre influence va plutôt s’exercer au niveau du service de l’urbanisme, pour les permis d’ouverture, de voir ce qui est réalisable ou non. Mais sincèrement, c’est relativement complexe. J’étais en contact avec une ville près de Paris dernièrement avec un manager de centre-ville, c’était son rôle. De fait, certaines villes créent une agence immobilière, avec des fonds, que la ville emploie pour racheter des fonds de commerce.

NS : Changeaons de sujet. Parlez-nous de l’organisation opérationnelle des animations de rue, de la braderie, des autres évènements et des critères de réussite en la matière.

MS : Nous avons un calendrier d’animations chargé toute l’année même en été avec la Foire aux Vins de Colmar, la grande braderie et « le dernier coup de balai » fin août.

Demain, le 04 juin, nous avons par exemple une opération commerciale qui débute avec un magazine qui s’appelle Maxi Flash. Leur logo, un petit canard, sera visible partout avec un slogan, « attrape ton canard et gagne tes places pour la Foire aux Vins ». La Foire aux Vins est le rendez-vous incontournable de l’été de tout le centre Alsace, voire de toute l’Alsace avec énormément de fréquentation. Les retours sur les réseaux sociaux sont excellents.

Nous arrêtons donc des dates pour des évènements commerciaux sur l’ensemble de l’année. Depuis 2025, les animations de quartier s’y sont greffées progressivement, selon le désir des commerçants. Nous ne montons ces animations qu’en cas de réelle volonté de leur part. Si cette volonté s’exprime, alors je les réunis, et ce sont eux qui décident de leur opération. Je les questionne : que souhaitez-vous faire chez vous ? Le but est-il de procéder à des remises ? Oui ? Non ? Est-ce davantage de l’événementiel ? L’animation se tourne-t-elle vers les enfants ? Etc. Ce type d’opération est de plus en plus attendu car il est parfois ardu d’animer toute la ville en même temps, et ce procédé permet de s’intéresser à tous les quartiers.

NS : La braderie est vraiment un événement populaire...

MS : Oui, tout à fait, c’est le rendez-vous de l’été que nous organisons avec le syndicat des marchés de France au mois de juillet (les 17 et 18 précisément). La grande braderie est surtout un événement attendu par les consommateurs, en pleine période de soldes. C’est presque la dernière démarque, il y a réellement beaucoup de monde, çà foisonne. De plus, nous organisons fin août, l’opération «  un dernier coup de balai ». C’est du déstockage, une opération sans le syndicat des marchés de France, donc sans les commerçants ambulants, complétement dédiée à nos commerçants sédentaires avant la rentrée afin de leur donner une ultime occasion de liquider les fins de collection. Cela répond en partie à l’éternel problème des dates des soldes, que beaucoup souhaiteraient décaler, déplacer…

NS : Revenons sur la braderie. Elle est organisée au centre-ville. Comment l'association s'assure-t-elle que cette animation majeure profite aussi aux commerçants de "quartier" et pas seulement à l'axe principal ?

Bien que la braderie soit un évènement organisé au centre-ville, tous nos commerçants ont la possibilité de tenir un stand dans le circuit de la braderie. C’est-à-dire qu’un commerçant localisé en zone industrielle, ou Place Saint-Joseph, le jour de la braderie, nous lui trouvons un emplacement dans le centre-ville, en zone piétonne.

NS : Comme dans un marché avec un emplacement balisé…

MS : Exactement. Et à l’inverse, il y a une animations comme le Before Black déployée sur toute la ville. Nous l’organisons entre guillemets pour contrer les achats sur le net lors du Black Friday et nous la positionnons avant dans le calendrier, c’est-à-dire début novembre. Le message est le suivant : « venez faire votre shopping à Colmar, venez consommer local, et les offres, c’est maintenant ».

NS : Toutes ces idées, ce dynamisme, tout ce que vous mettez en place, c’est admirable…

MS : Oui, nous bénéficions d’un bureau très dynamique, c’est vraiment notre force.

NS : Pouvez-vous nous parler des innovations prévues pour le deuxième semestre 2026 ?

MS : Le conseil municipal se met en place en raison de la tenue récente des élections municipales, nos subventions ne seront votées qu’en Juin, par conséquent c’est une année où nous avons eu un peu de mal à nous projeter, nous sommes pour ainsi dire en stand-by. Nous continuerons le développement des animations de quartier en nous appuyant sur la mobilisation des commerçants. En revanche, nous allons lancer un tout nouveau site Internet pour remplacer la marketplace qui a vu le jour durant le Covid. C’était le service qui correspondait alors au moment, il devait être nécessairement lancé. Le budget fut conséquent, plus de 100 000 euros. Mais, vendre sur Internet, c’est un deuxième métier, pas donné à tout le monde. Certains commerçants ont particulièrement bien joué le jeu en photographiant toutes leurs collections, en les propulsant sur les réseaux sociaux avec le bouton « Je peux acheter en ligne ». Notre slogan, était et est toujours « J’achète en ville ou en ligne ». Et malheureusement, le dispositif commence à s’essouffler. Parce que pour les commerçants, je le répète, c’est un autre métier à appréhender. Nous avons donc décidé de lancer un tout nouveau site Internet pour cet été avec plus de visibilité pour les commerçants, plus de mise en avant de contenus vidéos. L’objectif est de présenter nos commerçants, l’offre commerciale, les marques à Colmar comme sur YouTube et les réseaux sociaux. Notre rôle cette année est d’insister dans notre communication stratégique sur la mise en avant de nos commerçants pour que chacun d’eux ait bien sa page, qu’il soit bien noté et référencé par Google. Par exemple, si demain je tape boutique Melissa Bis, je veux que la présentation de cette boutique de prêt-à-porter puisse apparaitre dans les résultats ainsi que ses marques.

NS : Vous avez une équipe, un community manager ?

MS : Nous avons fait appel à une société extérieure. Nous avons aussi une apprentie en master totalement dédiée au site Internet. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, animer et gérer un site internet, c’est un travail colossal, à temps plein. Parfois, concevoir un simple un réel, une vidéo sympa, avec du contenu attractif, peut prendre une heure, sans compter celui dévolu aux réseaux sociaux... C’est dans ces moments-là que nous réalisons que c’est une mission très compliquée pour nos commerçants…

NS : Parlons maintenant du défi représenté par l’accessibilité au centre-ville : entre la piétonnisation croissante et les enjeux de stationnement, comment l'association défend-elle l'accès aux commerces ?

MS : La piétonnisation a toujous existé mais depuis l’année dernière, elle concerne tout l’hypercentre. Auparavant, un parking était situé au pied de la cathédrale, jusqu’à la rénovation de toute cette zone. Maintenant, c’est vrai que c’est très beau, très esthétique mais ce parking a disparu. Il faut tout de même savoir qu’à Colmar, nous avons la chance de posséder à toutes les entrées de la ville, même l’hypercentre, des parkings couverts à 3 euros la journée ! C’est un tarif plus qu’intéressant. Nous devons continuer à le mettre en avant, parce qu’il faut que le consommateur le sache. C’est un atout par rapport à la piétonnisation. Quand le visiteur sort de l’un de ces parkings, il se retrouve en moins de trois minutes à pied au cœur de la ville. Après, attention, par exemple, la rue des Têtes, où se trouvent LEs boutiques « Chaussures Différences » et « Riethmuller », cette artère-là rejoint la rue des Clés. Elle est piétonne depuis quelques mois, et les avis divergent... Autant, le restaurateur se déclare satisfait parce qu’il dispose d’une belle terrasse, autant les chausseurs sont plus circonspects ; une commerçante me disait dernièrement « Mélanie, moi, mes clientes venaient, se garaient dans la rue, elles venaient pour moi en ville et allaient faire deux petits achats ailleurs et repartaient ». Pour beaucoup de gens, se garer dans un parking couvert ou souterrain représente une espèce de blocage malgré le tarif de 3 euros la journée et la première heure offerte. Pourtant en une heure, je peux vous dire que vous faites beaucoup. Lorsque vous avez juste de petites courses, que vous voulez aller chez votre pâtissier, aller récupérer votre paire de chaussures ou chercher une petite robe, c’est très facile. Notre challenge en communication aujourd’hui, inclut la mise en avant de cette accessibilité grâce aux parkings proches du centre-ville.

NS : Passons à tout autre chose, le défi écologique. Gestion des déchets, livraisons en centre-ville, sobriété énergétique des vitrines... Comment accompagnez-vous les commerçants dans ces mutations obligatoires ?

MS : Nous nous y intéressons évidemment. Depuis plus d’un an, nous proposons à nos commerçants un partenariat, et donc des tarifs avantageux, avec la société colmarienne Schroll dont l’activité est la récupération de cartons plastiques. Idem par rapport aux sacs. Chaque année, nous avons une édition du sac shopping. Ce sont des sacs réutilisables, des shopping bags que les clients attendent désormais, au mois de novembre. Nous contribuons ainsi à réduire le nombre de déchets. De toute façon, retirer les sachets jetables est une obligation. Ensuite, pour tout ce qui concerne la gestion des déchets, la mairie a installé différents conteneurs en ville. Ces conteneurs sont destinés aux personnes privées, les professionnels devant se tourner vers la déchetterie. Donc oui, je vous dirais surtout que c’est le partenariat que nous avons signé avec la société Schroll qui représente notre contribution à la préservation de l’environnement.

NS : Quel futur immédiat pour les Vitrines de Colmar ?

MS : Nos projets, je vous en ai parlé. Ils tournent autour de la visibilité de nos commerçants, des indépendants. Nous devons les conserver et travailler la visibilité de ces enseignes auprès des consommateurs locaux pour qu’ils continuent à consommer dans notre ville, qu’ils continuent à bénéficier d’une offre commerciale attrayante. Nous devrons également penser une stratégie en collaborant avec la municipalité, car certaines décisions relèvent des élus. De notre côté, nous poursuivrons notre mission pour sortir le consommateur de son canapé, lui faire lâcher son téléphone et ses sites Internet, pour qu’il vienne faire ses achats dans notre ville.

NS : Je souhaite conclure notre échange en vous demandant pourquoi est-il plus que jamais nécessaire, pour un commerçant indépendant, de ne pas rester seul et de rejoindre l'association ?

MS : Nous proposons un programme d’animations et d’opérations commerciales extrêmement varié et intéressant. Nous possédons des supports de communication solides. Par exemple, nous faisons appel tous les trimestres à un photographe et un vidéaste pour produire des photos de grande qualité sur leur site, pour qu’ils obtiennent une belle visibilité, « professionnelle ». De plus, nous nous serrons les coudes, notamment dans les périodes délicates. Rejoindre notre association, c’est pouvoir échanger et partager, parce que la problématique d’un commerçant va souvent pouvoir être résolue grâce à un autre commerçant. Le fait de parler, d’échanger, nous rend tout simplement plus forts.

NS : Vous avez des adhérents qui sont sûrement proactifs ou plus actifs que d’autres dans leur rue, dans leur quartier, qui sont un peu des leaders…

MS : C’est juste. Certains ont été nommés responsables de quartier (surtout les grandes artères). Ce sont des peronnes motivées, qui connaissent bien les commerçants de leur environnement immédiat. Une réunion est organisée deux fois par an pour faire le point sur des problématiques et des idées. De ces réunions émergent donc dans un premier temps des questions comme par exemple celle des petites rues adjacentes aux grands axes comme la rue des Clés, la Grand Rue, etc. où il y a moins de flux, moins de visibilité. Dans un second temps vient le temps des propositions : dans ce cas précis, pourquoi ne végétaliserions-nous pas ces rues ? Pourquoi à Noël, c’est une proposition que nous venons de transmettre à la ville, ne créerions-nous pas des illuminations de Noël différentes pour ces rues ? En réalité, ces actions résument à celle seules l’intérêt d’adhérer aux Vitrines de Colmar ou à une association de commerçants.

NS : D’autres associations sont donc actives à Colmar ?

MS : Oui. Alors, il y a l’association du marché couvert ainsi qu’une petite association créée dans la vieille ville, « Les Lanternes », qui produit une animation annuelle (qui a lieu d’ailleurs vendredi prochain, le 12 juin) dans la vieille ville.

NS : Merci pour ce tour d’horizon très complet, très instructif qui met en valeur toutes vos activités en tant qu’animatrice de commerce, la vie de l’association et cette magnifique et ô combien dynamique ville de Colmar.

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