Centre-ville de Pau : quand les Halles deviennent la locomotive du commerce palois

Focus sur le centre-ville de Pau : Halles, commerces, stationnement, piétonnisation et stratégie d’attractivité d’une ville moyenne.

Centre-ville de Pau : quand les Halles deviennent la locomotive du commerce palois

À Pau, le commerce de centre-ville ne se résume pas à une jolie rue piétonne, à quelques terrasses et à une carte postale béarnaise. Le sujet est plus sérieux. Plus commercial aussi.

Le centre-ville de Pau a choisi une méthode assez lisible : refaire venir du monde, faciliter l’accès, remettre les Halles au milieu du jeu, puis accompagner les porteurs de projets. Rien de magique. Mais une cohérence.

Dans beaucoup de villes moyennes, on parle de redynamisation comme d’une promesse. À Pau, le discours s’appuie sur des chiffres : plus de 900 commerces et services dans le centre, 50 nouveaux commerces annoncés en 2023, et des Halles qui attirent 35 000 visiteurs par semaine. Voilà le nerf de l’affaire. Une ville commerçante a besoin de flux réguliers, pas seulement d’événements qui brillent deux week-ends par an.

Le Grand Angle : Pau, ville moyenne mais pas ville secondaire

Avec un peu plus de 80 000 habitants, Pau n’entre pas dans la catégorie des petites villes qui cherchent seulement à sauver leur rue principale. Elle joue un autre rôle : celui d’un pôle de services, de commerces, d’études, d’emplois et de centralité pour un bassin de vie plus large.

Ce statut aide. Il oblige aussi.

Une ville de cette taille ne peut pas compter uniquement sur le charme patrimonial ou la fidélité des habitants. Les clients bougent. Ils comparent. Ils passent de la périphérie au centre, du centre au web, du marché aux enseignes nationales, parfois dans la même semaine. Pau semble l’avoir compris : il faut tenir ensemble le commerce indépendant, les marques nationales, les restaurants, les Halles, les artisans et les parcours piétons.

Le centre ne vit pas par décret. Il vit quand les habitants y trouvent une raison de revenir.

Les Halles, ou la bonne vieille question du prétexte

Le vrai coup de Pau se joue peut-être là : les Halles.

Les Halles ne sont pas seulement un équipement alimentaire. Elles fabriquent une habitude. On y va pour acheter, déjeuner, se retrouver, montrer la ville à un ami de passage. Et, autour, les rues respirent autrement.

La Ville parle de 35 000 visiteurs hebdomadaires depuis l’ouverture des nouvelles Halles, contre 22 000 auparavant sur des semaines comparables. Un tel écart change la manière de lire le centre-ville. Ce n’est pas un simple embellissement urbain. C’est une remise en circulation du client.

Mais attention à ne pas raconter n’importe quoi. Une halle ne sauve pas mécaniquement un centre-ville. Elle peut aspirer l’attention, concentrer les flux, laisser certaines rues à distance. Tout dépend des liaisons, de la signalétique, des vitrines autour, de la qualité de la déambulation. À Pau, l’intérêt du modèle tient justement à l’articulation : Halles, rues commerçantes, stationnement, parcours piéton, animations.

Le commerce n’aime pas les îlots. Il préfère les continuités.

Stationner, marcher, flâner : la bataille de l’accès

On oppose trop souvent les voitures aux piétons. C’est commode. C’est aussi paresseux.

Le centre-ville de Pau mise sur un équilibre plus fin. Les principales rues commerçantes ont été requalifiées, notamment rue Serviez, rue des Cordeliers ou rue Barthou. La déambulation s’améliore. Mais l’accès en voiture n’est pas ignoré, avec une offre de stationnement aux abords du centre et un système de chèques parkings permettant deux heures de gratuité pour un achat.

C’est du concret. Un commerçant n’a pas besoin d’un grand discours sur la ville apaisée si son client tourne vingt minutes pour se garer. Il a besoin que le parcours soit lisible : arriver, stationner, marcher, acheter, repartir. Ou rester.

Depuis 2019, Fébus, le bus à haut niveau de service, amène aussi des voyageurs en centre-ville chaque jour. Là encore, le commerce gagne quand la mobilité ne se limite pas à un seul usage. Les salariés, les étudiants, les retraités, les visiteurs du samedi : tous ne viennent pas de la même manière.

Un commerce palois entre enseignes et pépites locales

Pau revendique une offre commerciale diverse. La formule pourrait sonner creux. Les faits lui donnent un peu de poids.

Le centre accueille des franchisés, des indépendants, des maisons installées depuis plusieurs générations et des arrivées récentes. En 2023, la Ville cite une cinquantaine de nouvelles implantations, dont une dizaine d’enseignes nationales. Lacoste, Skechers, Levi’s, Armor Lux, Big Fernand : les noms parlent.

Faut-il s’en réjouir sans réserve ? Pas forcément.

Les enseignes nationales rassurent. Elles donnent une image de solidité. Elles attirent aussi une clientèle qui veut retrouver des repères connus. Mais un centre-ville ne peut pas devenir une galerie marchande à ciel ouvert. Sa différence se joue dans les frottements : une marque nationale, une boutique indépendante, un artisan, un café, un marché, une librairie, une devanture ancienne, un commerce de bouche.

Pau dispose là d’un matériau intéressant. Encore faut-il ne pas lisser son identité.

Action Cœur de Ville : le centre comme projet urbain

Pau a été présentée par l’ANCT comme la première ville française bénéficiaire du plan Action Cœur de Ville. François Bayrou y résume l’enjeu avec une formule sobre : “renforcer le rôle moteur du centre-ville”.

La phrase dit bien le choix politique. Le centre n’est pas traité comme un décor. Il doit tirer la ville.

Mais le rôle moteur ne se décrète pas. Il se travaille par couches : logement, commerce, espace public, mobilité, patrimoine, aides à l’installation. Pau a mis en place un accompagnement du Service Commerce, avec aide aux associations, relais de communication, appui à l’implantation, recherche de locaux, et dispositif “Mon Commerce d’Ici” pour certains projets d’aménagement, de rénovation, de matériel ou de transformation numérique.

C’est moins spectaculaire qu’un grand ruban coupé devant une halle neuve. Pourtant, c’est souvent là que les choses se jouent. Un commerce qui s’installe a besoin d’un local, d’un bail supportable, d’une devanture lisible, d’un coup de pouce administratif, parfois d’une aide financière. Le centre-ville se gagne aussi au guichet.

Ce que les commerçants peuvent regarder dans le cas palois

Le modèle palois donne trois enseignements simples.

Le premier : une locomotive doit créer des retombées, pas seulement de la fréquentation pour elle-même. Les Halles marchent si les rues autour travaillent aussi.

Le deuxième : l’accessibilité ne se résume pas au parking. Le bus, la marche, les rues requalifiées, la signalétique, le confort de déambulation comptent autant que la place disponible.

Le troisième : les ouvertures de commerces ne valent que si elles gardent un équilibre entre enseignes rassurantes et commerces de caractère. Trop d’indépendants sans flux, le centre fatigue. Trop d’enseignes standardisées, il perd son goût.

La Note prospective de La Gazette

Pau avance sur une ligne que beaucoup de villes moyennes vont devoir explorer : faire du centre-ville non pas un musée du commerce d’avant, mais une plateforme vivante où l’on peut acheter, manger, travailler, se promener et revenir.

La vraie question, pour les années qui viennent, sera la diffusion du flux. Les Halles attirent. Très bien. Mais les rues moins centrales, les petites boutiques, les artisans, les commerces spécialisés devront capter une part de cette énergie.

Le piège serait de croire qu’un équipement phare suffit. Le centre-ville de demain n’aura pas seulement besoin d’une locomotive. Il aura besoin de wagons bien accrochés.

Le Mot de la rédaction

Pau montre une chose que La Gazette défend depuis le départ : le commerce de centre-ville ne s’oppose pas mécaniquement à la périphérie. Il doit proposer autre chose.

Pas seulement des achats. Une expérience de ville.

À Pau, cette expérience passe par les Halles, la marche, les terrasses, les vitrines, les commerces de bouche, les enseignes connues et les adresses locales. Le tout n’est pas parfait. Aucun centre-ville ne l’est. Mais la direction est lisible.

Et dans le commerce, une direction lisible vaut déjà mieux qu’une addition de bonnes intentions.

Sources :

Insee - Comparateur de territoires, commune de Pau (COM-64445) : population, logement, revenus et pauvreté, données communales 2023.

Ville de Pau / Agglomération Pau Béarn Pyrénées - “Pau, 1er pôle commercial Sud-Aquitaine” : plus de 900 commerces et services en centre-ville, 50 nouvelles implantations en 2023, fréquentation des Halles, requalification des rues, stationnement et Fébus.

ANCT - “Redynamiser le centre-ville de Pau” : inscription dans Action Cœur de Ville, projet des Halles, financement et rôle moteur du centre-ville.

Ville de Pau - “Aide à l’installation, au développement, à la reprise d’une affaire” : dispositif Mon Commerce d’Ici, accompagnement des porteurs de projet, modernisation, rénovation et transformation numérique.

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