Assises du centre-ville à Épinay-sur-Seine : commerces, foncier et initiatives locales

Aux Assises du centre-ville à Épinay-sur-Seine, les débats ont porté sur le foncier commercial, les attentes des habitants et les initiatives locales.

Le 3 novembre 2026, les 5es Assises métropolitaines du centre-ville ont réuni à Épinay-sur-Seine élus, chambres consulaires, enseignes et acteurs de l'aménagement commercial. L'enquête CSA présentée sur place mesure l'attachement des habitants à leur centre-ville et leurs attentes concernant l'offre commerciale. Les échanges ont aussi porté sur les locaux, les loyers, les implantations et plusieurs initiatives territoriales.

Sur l'écran de l'Espace Lumière, à Épinay-sur-Seine, deux chiffres sont projetés : 82 % et 67 %. Le premier mesure l'attachement des habitants de la Métropole du Grand Paris à leur centre-ville ; le second, celui des Français dans leur ensemble. À la tribune, élus et professionnels viennent détailler leurs programmes, leurs investissements et leurs difficultés d'implantation.

Organisées le 3 novembre par la Métropole du Grand Paris et Centre-Ville en Mouvement, ces cinquièmes Assises ont aussi été marquées par l'annonce de 600 000 euros d'aide métropolitaine aux commerçants touchés par les dégradations d'octobre. Patrick Ollier, président de la Métropole, annonce une contribution prévue de 1 500 euros par commerce bénéficiaire, dans un dispositif associant plusieurs partenaires. L'aide d'urgence occupe les discours d'ouverture ; les tables rondes examinent les conditions de l'activité commerciale dans les centres-villes.

Une forte fréquentation, mais des attentes sur le choix des commerces

82 % des habitants du Grand Paris se disent attachés à leur centre-ville, contre 67 % des Français ; 89 % déclarent s'y rendre au moins une fois par semaine, contre 71 % au niveau national. Julie Gaillot, de l'institut CSA, présente ces résultats d'une enquête en ligne menée du 26 mars au 9 avril 2026 auprès de 552 habitants de la Métropole.

Le terrain d'enquête précède les violences survenues en octobre. Julie Gaillot le précise en abordant les questions de sécurité et de fréquentation : ces réponses décrivent les perceptions recueillies au printemps, pas celles des semaines qui ont suivi les dégradations.

La fréquentation reste élevée, mais 68 % des répondants se déclarent préoccupés par la vitalité de leur centre-ville. Parmi ceux qui le fréquentent moins qu'auparavant, une offre commerciale jugée insuffisante arrive en tête des motifs cités, devant le stationnement et le manque de lieux de convivialité. Cette insatisfaction est particulièrement marquée dans les communes hors Paris, selon la présentation de CSA.

Pour le mandat 2026-2032, 87 % jugent la modernisation des centres-villes importante ou prioritaire. La dynamisation des commerces de proximité arrive en tête des attentes, citée par 30 % des répondants et 36 % dans les communes hors Paris. Le baromètre rend compte d'une utilisation régulière des centres-villes, sans mesurer pour autant les achats effectués dans leurs boutiques.

Le foncier commercial, outil d'intervention des collectivités

L'accès aux locaux, leur état et le niveau des loyers reviennent dans les échanges sur la revitalisation commerciale. Le programme Centres-Villes Vivants, déployé par la Métropole du Grand Paris depuis 2018, combine subventions et accompagnement des communes. D'après le bilan communiqué lors des Assises, 110 communes y adhèrent, dont 93 bénéficiaires de subventions représentant 43,1 millions d'euros.

La Foncière Centres-Villes Vivants, créée en 2023, fait état de 36 acquisitions réalisées pour 12,1 millions d'euros, sur 78 dossiers d'investissement validés. Elle affiche un objectif de 140 millions d'euros d'investissement à dix ans pour revitaliser 400 commerces. Ce dernier montant correspond à une ambition annoncée, non à une dépense réalisée.

Marine Onfray, directrice de la foncière, distingue son action de celle d'un propriétaire recherchant le loyer le plus élevé : « Nous choisissons le commerce qui manque le plus dans un centre-ville. » La foncière peut acheter des murs, rechercher un exploitant et gérer les locaux dans la durée, notamment pour maintenir un loyer compatible avec l'activité visée.

À Épinay-sur-Seine, Hervé Chevreau présente les travaux sur les devantures de la rue de Paris, une boutique à l'essai et la Boutique en Scène, dispositif associant commerce et apprentissage. Le maire décrit également une coopération avec les bailleurs sociaux pour remettre des locaux en état et faciliter leur occupation.

Pascal Pelain, maire de Villeneuve-la-Garenne, donne un exemple du temps nécessaire pour sélectionner les activités : selon son intervention, il a fallu environ deux ans pour installer une pharmacie après la fermeture d'un restaurant rapide, et trois ans pour retenir une pâtisserie. Le soutien de la foncière permet, explique-t-il, de porter un local sans accepter immédiatement le premier occupant. Une intervention sur les murs que La Gazette avait déjà documentée dans son Focus sur les commerces et les logements à Cahors.

Les acquisitions et les aides sont chiffrées. En revanche, les interventions ne fournissent pas de bilan consolidé de leurs effets sur les chiffres d'affaires ou l'emploi des commerces concernés.

Lorient et Châteauroux : associer les commerçants, informer les habitants

L'après-midi, Alexandra Cohen, de la coopérative d'urbanisme culturel Cuesta, présente l'accompagnement de la transformation de la rue de la Patrie, à Lorient. Les commerçants, explique-t-elle, craignaient de perdre des clients avec la piétonisation et la durée des travaux. Cuesta a organisé des événements dans la rue, des expositions et des actions associant professionnels et habitants, dont des portraits de commerçants exposés dans l'espace public.

Selon Alexandra Cohen, ces initiatives ont permis de renouer le dialogue avec des commerçants initialement opposés au projet. L'intervention ne donne toutefois pas de chiffres sur leur activité après les travaux. À Sceaux, les inquiétudes suscitées par la transformation d'une rue commerçante avaient déjà été abordées dans notre Focus sur les cinquante ans de piétonnisation de la rue Houdan, dans un contexte différent.

À Châteauroux, l'office de tourisme a pris en juin 2026 le nom d'usage de Comptoir Local pour s'adresser aussi aux habitants. Sa directrice, Alison Rousseau, explique que ceux-ci constituaient déjà la majorité des visiteurs, sans toujours identifier l'office comme un lieu où obtenir des informations sur les activités de leur ville.

L'établissement propose désormais un agenda ouvert aux événements des commerçants, restaurateurs et associations, une billetterie élargie et un site à deux entrées, « Je suis d'ici » et « Je viens d'ailleurs ». Il a rejoint l'association des boutiques de Châteauroux et prévoit de mettre un community manager à disposition des commerçants. Alison Rousseau annonce 56 % de fréquentation supplémentaire et 84 % de visiteurs locaux.

Les deux interventions présentent des démarches différentes : à Lorient, accompagner les professionnels pendant une transformation de rue ; à Châteauroux, mieux faire connaître aux habitants les commerces et les activités de leur territoire. Leurs effets sur les achats en centre-ville restent à documenter.

Marchés, franchise et loisirs : les contraintes concrètes des implantations

À Villeneuve-la-Garenne, Pascal Pelain revient sur la reconstruction de la halle Roger-Prévost, ouverte en février 2026, dans une commune où le centre commercial Qwartz se trouve à proximité. Le maire avance une hausse de plus de 20 % de fréquentation du marché depuis l'ouverture. Il évoque aussi la recherche d'activités complémentaires dans les cellules commerciales du centre.

Sébastien Macherey, dirigeant d'E.Leclerc à Épinay-sur-Seine, insiste sur des conditions précises : accès à pied, en transports ou en voiture, possibilité de livrer sans gêner les riverains et coût immobilier compatible avec l'exploitation. Il plaide pour des échanges avec les collectivités avant l'implantation du magasin.

Sylvie Gaudy, directrice de Franchise Expo Paris, relève le développement d'activités mêlant vente, services, réparation, restauration ou loisirs. Elle rappelle que les points de vente franchisés sont souvent tenus par des entrepreneurs indépendants, implantés dans leur bassin de clientèle.

Guillaume Le Floch présente enfin la reconversion des anciens laboratoires Éclair d'Épinay-sur-Seine en un ensemble associant loisirs et espaces pour les entreprises, avec notamment EVA, QuizRoom et Bombsquad. Il évoque le coût de l'aménagement et les contraintes de financement. Le projet prévoit de réunir plusieurs activités dans un même bâtiment. Les entreprises pourront également y louer des espaces pour leurs réunions et séminaires, en complément des offres de loisirs.

Plus d'Enquêtes & reportages