Guillaume Chiloux accompagne les e-commerçants sur leurs problématiques de paiement. Il suit notamment le développement du commerce agentique et ses nouveaux usages.
Nicolas Salin: Partons d’un cas très concret. Demain, je suis un commerçant indépendant avec un site marchand. Un client donne à son agent IA la mission d’acheter un produit chez moi et l’agent va jusqu’au paiement. Qu’est-ce qui change réellement pour moi par rapport à une commande e-commerce classique ?
Guillaume Chiloux: Il faut revenir à ce qu’est aujourd’hui l’agentique. Tout le monde parle du commerce agentique, mais les standards ne sont pas encore définis sur le plan réglementaire. Quelques transactions ont déjà eu lieu via des agents, mais avec tous les signaux au vert. Côté Checkout.com, nous étudions l’ensemble des cas d’usage de l’agentic commerce et attendons que le cadre réglementaire soit précisé au niveau européen, tandis qu’en France la Banque de France et l’ACPR suivent également ces évolutions, pour pouvoir prendre en compte l’ensemble de ces cas.
Pour l’utilisateur final, ça ne changera quasiment rien, si ce n’est qu’il devra donner un mandat avant la transaction. On passe d’une logique de transaction à une logique de parcours, avec un consentement donné en amont. Dans ce mandat, il faudra prendre en compte sa durée, son caractère révocable, le prix, mais aussi le champ dans lequel l’agent peut agir. Si demain je demande à acheter un canapé à 30 % moins cher et que l’agent me l’achète trois ans après, est-ce qu’on peut considérer que j’avais donné ce mandat sur une telle durée ? Ce sont des limites qu’il faudra définir.
Du côté de l’e-commerçant, nous mettons en place une couche d’orchestration pour l’ensemble des protocoles et plateformes de l’écosystème agentique. Il y a une couche de commerce (ACP, UCP, Gemini, OpenAI) et une couche de confiance autour de l’identité de l’agent et de l’intention du consommateur. Pour accepter une transaction qui passe par un agent, l’e-commerçant doit travailler avec un prestataire de paiement connecté à ces différents acteurs. De notre côté, nous sommes agnostiques de ces protocoles et plateformes : l’objectif est d’éviter au marchand de devoir s’intégrer à chacun d’eux. Nous prenons en charge cette complexité pour qu’il n’ait pas à l’orchestrer lui-même.
Le commerçant doit aussi rendre son catalogue exploitable par un agent, donc être « agent lisible ». Sans cela, l’agent ne pourra pas utiliser correctement les données du site. On est encore au début du commerce agentique : pour qu’il devienne mainstream, il faut d’abord qu’il apporte une vraie utilité à l’utilisateur. Les premières transactions ont eu lieu dans des situations idéales où tous les feux étaient au vert ; il n’y a pas encore vraiment de gestion des exceptions. Le commerçant doit savoir quel agent agit, pour quel consommateur, et avec quelles limites. La preuve doit être documentée.
Concrètement, rendre le catalogue lisible, c’est exposer clairement le prix, les variantes, le stock, la livraison et les retours. Il faut aussi vérifier la capacité à intégrer des paiements issus de transactions déléguées et tokenisées. Cela veut dire s’associer à un prestataire de paiement capable de les traiter. Il faut également conserver, derrière, une expérience de service après-vente aussi simple qu’un achat classique.
Pour le consommateur, l’expérience doit rester simple et sans friction. Plus elle est fluide, plus l’infrastructure derrière est sophistiquée. C’est cette complexité que Checkout.com veut prendre en charge pour le marchand, pour qu’il puisse accéder aux différents protocoles sans devoir lui-même les orchestrer.
Nous devons enfin être capables de prouver que la transaction a eu lieu, qu’il y avait bien un agent derrière, qu’il ne s’agissait pas d’un bot malveillant et qu’un mandat clair et révocable avait été donné par le client. Le fait de détenir 100 % de notre technologie est important sur ce point, parce que nous maîtrisons cette couche technique.
Côté prestataire de paiement, nous parlons d’Agentic Credentials Framework qui porte l’identité de l’agent. Il inclut des contraintes de montant, d’usage et de durée, et transmet des signaux de confiance à la banque. In fine, c’est la banque de l’utilisateur final qui acceptera la transaction.
On peut faire un parallèle avec l’arrivée de l’authentification forte (3DS). Ce n’est pas le même mécanisme de consentement, puisqu’avec le 3DS il y a toujours un humain derrière, mais il y a un changement de paradigme comparable sur la transaction. Il y aura davantage de données à transmettre au réseau de cartes puis à la banque, et toute la chaîne devra être capable de les lire, de les décrypter et d’accepter la transaction en toute sécurité.
Nicolas Salin: Si je comprends bien, le commerçant saura qu’il a affaire à une IA et devra adapter le contenu de son catalogue à la lecture agentique.
Guillaume Chiloux: C’est exactement ça. Il faut que son catalogue soit lisible. S’il ne fait pas cet effort, un agent aura peut-être plus tendance à aller vers un e-commerce qui l’a fait. Il faudra aussi être beaucoup plus transparent sur le prix, la disponibilité et la durée de livraison. Si je demande à un agent une marque précise, mais en lui disant de choisir le moins cher ou celui qui livrera le plus vite, il va comparer ces données. Pour que la transaction ait lieu, il faut d’abord que l’agent choisisse le site, puis que le commerçant soit associé à un prestataire de paiement capable de gérer cette complexité pour lui. C’est le rôle que nous voulons jouer côté Checkout.com.
Nicolas Salin: Checkout.com travaille surtout avec de grands marchands. Mais le petit commerçant qui possède son propre site e-commerce devra lui aussi s’adapter, sous peine de ne plus être correctement lu ou proposé par les agents ?
Guillaume Chiloux: Bien sûr. Notre cœur de cible est plutôt constitué de marchands enterprise avec des volumes importants. Cela tient à notre business model : on met beaucoup de support derrière, on n’est pas juste une API que l’on connecte. Il y a aussi des account managers, donc de l’humain derrière la technologie. Mais ce que nous mettons en place pourra être adapté à des commerçants plus petits. Et le fait de rendre son catalogue visible et lisible par les agents est indépendant du prestataire de paiement : c’est quelque chose qu’il faudra faire pour qu’un agent puisse déjà venir chercher l’information sur le site.
Nicolas Salin: Prenons maintenant le cas qui a déclenché cet entretien : l’agent se trompe de référence, dépasse le montant autorisé ou interprète mal la demande. Si cela arrivait aujourd’hui en France, qui porterait concrètement le risque ?
Guillaume Chiloux: C’est la question que tout le monde se pose. Avant de savoir qui paie, il faut pouvoir prouver ce qui s’est passé tout au long de la chaîne : quelle autorisation a été donnée, quelles étaient ses limites, quel agent a agi et quel parcours d’authentification a eu lieu. Du point de vue du PSP, ce n’est pas à l’infrastructure de paiement de décider seule de la responsabilité. Notre rôle est de donner des éléments fiables qui permettent aux différentes parties de savoir ce qui s’est passé et ensuite de déterminer les mécanismes de litige. Aujourd’hui, il n’y a pas encore de consensus sectoriel sur ce point.
Il y a eu une course ces derniers mois pour savoir qui serait le premier à accepter une transaction d’agentic commerce. Nous avons plutôt fait le choix de travailler avec l’écosystème sur l’ensemble des cas d’usage, et pas uniquement quand tout se passe bien, en attendant des textes plus clairs. L’environnement est fragmenté, avec plusieurs protocoles. Côté Checkout.com, nous construisons une couche de paiement capable de fonctionner avec eux et de permettre aux marchands de les intégrer sans avoir à gérer cette fragmentation eux-mêmes.
Grâce à l’Agentic Commerce Framework mis en place de notre côté, nous devons pouvoir prouver tout ce qui s’est passé pendant la transaction. Nous pouvons identifier l’agent, les limites qui lui avaient été données et potentiellement l’endroit où une erreur s’est produite. L’idée est d’avoir cette infrastructure avant même que la réglementation soit totalement cristallisée, puis de l’adapter aux textes.
C’est assez comparable à ce qui s’est passé avec le 3DS. Avant, la fraude était généralement supportée par le marchand ; avec le 3DS, la répartition de la responsabilité dépend notamment du résultat de l’authentification et des règles du réseau. Un parcours sans friction peut lui aussi être authentifié en arrière-plan. Pour l’agentique, il faudra de la même manière regarder ce qui s’est passé dans la cinématique du paiement.
La réglementation pourra donc dire que, dans tel cas, la responsabilité revient au commerçant, dans tel autre au PSP ou à la banque. Comme ce cadre n’est pas encore établi, nous ne pouvons pas attendre. Nous travaillons déjà sur les éléments qui pourront nous être demandés, toutes les preuves à apporter et les signaux de confiance à transmettre. Ensuite, nous nous adapterons au texte.
Nicolas Salin: Si je résume, la technologie est prête à être ajustée, mais le cadre législatif reste encore à fixer.
Guillaume Chiloux: Exactement. Nous sommes prêts techniquement et nous avons la capacité de prouver ce qui se passe. Ensuite, nous adapterons cette infrastructure aux textes qui seront mis en place, comme cela a été le cas avec le 3DS.
Nicolas Salin: Plusieurs semaines après la transaction, comment un commerçant pourra-t-il prouver que l’agent était bien mandaté pour acheter ce produit à ce prix et à ce moment-là ?
Guillaume Chiloux: C’est justement tout ce que porte l’Agentic Credentials Framework : l’identité de l’agent, le mandat et sa durée. On peut faire un parallèle avec le chargeback aujourd’hui. Visa, Mastercard ou Cartes Bancaires ont des règles qui peuvent être différentes, notamment sur les délais. Pour l’agentique, des durées seront établies par les réseaux de cartes et par le législateur. Notre mission sera de conserver, pendant toute la période qui nous sera demandée, la preuve de ce qui s’est passé à un instant T. Dans certains cas, un chargeback peut déjà être demandé plusieurs centaines de jours après une transaction ; il faut alors être capable de démontrer ce qui s’est passé. Ce sera la même logique ici.
Nicolas Salin: Qui conservera cette preuve : le commerçant, le PSP, la plateforme IA ou la banque ?
Guillaume Chiloux: Ce sera certainement la plateforme technique, selon ce que demandera le régulateur. Comme pour les données transactionnelles, dans le respect du RGPD, il y aura une durée pendant laquelle les informations liées à la transaction devront être conservées.
Nicolas Salin: Votre étude indique que 35 % des professionnels interrogés pensent que le prestataire de paiement devrait absorber le coût lorsqu’un agent IA effectue un mauvais achat. Est-ce réaliste ? Checkout.com serait-il prêt à porter cette responsabilité ? Sinon, qui devrait l’assumer ?
Guillaume Chiloux: On parlait de 35 % des commerçants interrogés qui considèrent que le PSP devrait assumer le coût, alors que 38 % des consommateurs désignent la plateforme de l’agent. Cela montre bien que la responsabilité n’est pas stabilisée. Tant qu’il n’y a pas de texte, notre priorité est de rendre les faits démontrables.
Il faudra surtout distinguer les cas. Il y a l’agent qui se trompe : mauvais produit, mauvais montant, mauvaise variante. Il y a le consommateur qui conteste et affirme ne jamais avoir demandé cet achat. Et il y a la fraude, par exemple avec un agent contrefait ou un bot malveillant. La réponse ne peut pas forcément être la même dans ces trois situations. Derrière les 35 % de commerçants qui disent que le PSP doit prendre la charge, il y a donc plusieurs sous-tiroirs.
C’est précisément ce qui est discuté avec l’écosystème, les régulateurs et les réseaux de cartes. En tant que prestataire technique, nous devons savoir quelle est notre mission dans chacun de ces cas. Nous détenons 100 % de notre technologie : notre rôle est de rendre disponibles les données que nous avons eues lors de la transaction, de conserver les éléments de preuve et de permettre aux différentes parties de comprendre ce qui s’est passé.
Après, qui sera responsable ? Nous ne pouvons pas le décider seuls. Cela dépendra des différents cas et du texte applicable. La responsabilité d’une erreur de l’agent, d’une contestation du consommateur ou d’une fraude pourra très bien être traitée différemment.
Nicolas Salin: Donc, lorsqu’un client affirme ne pas avoir demandé l’action à son agent, on ne peut pas encore traiter automatiquement le dossier comme un litige de paiement classique ?
Guillaume Chiloux: En effet. Ce qui est sûr, c’est qu’on sera sur des transactions différentes de celles d’aujourd’hui, parce que le parcours commencera avant même la transaction. C’est pour ça que je parle d’un passage d’une logique de transaction à une logique de parcours.
Pour le mandat, l’utilisateur pourra par exemple dire : « J’accepte qu’on achète ce canapé quand il est à 30 % moins cher, sur n’importe quel site, pendant une durée donnée. » La transaction n’aura pas lieu au moment où le mandat est donné ; elle pourra intervenir deux ou trois semaines plus tard si le mandat couvre cette période. C’est cette logique de parcours qu’il faut maintenant encadrer.
Les transactions agentiques qui ont déjà eu lieu l’ont été alors que les meilleures conditions étaient réunies. Désormais, l’écosystème et les régulateurs doivent traiter l’ensemble des cas d’usage : l’agent malveillant, le consommateur qui conteste, l’erreur d’interprétation, etc.
Nicolas Salin: On passe donc d’une transaction isolée à un parcours où il faut aussi prouver ce qui s’est passé en amont.
Guillaume Chiloux: Oui. Il faudra de nouvelles données pour prouver la transaction et apporter de la confiance. Il ne faudra pas seulement prouver la transaction elle-même, mais aussi ce qui a eu lieu avant : le mandat et le parcours de consentement du client. La transaction ne sera finalement que la concrétisation de l’achat.
Nicolas Salin: Pensez-vous que ce cadre réglementaire puisse arriver rapidement en Europe ?
Guillaume Chiloux: Honnêtement, je ne préfère pas me prononcer sur le calendrier. Dans tous les cas, le législateur regarde ce qui se passe. L’Europe a pris du retard par rapport aux États-Unis, où des transactions de commerce agentique ont déjà lieu. Mais l’Europe est peut-être aussi plus regardante sur le plan législatif.
Je pense qu’il faut le prendre comme une force plutôt que comme un frein. Il faut contrôler ce qui va se passer et prendre en compte l’ensemble des cas d’usage. Cela prend peut-être plus de temps, mais il vaut mieux prendre ce temps pour réguler et être sûr du cadre. De plus, il est possible que les standards mis en place en Europe soient ensuite utilisés ailleurs dans le monde.
Nicolas Salin: Si le client n’est jamais réellement venu sur le site parce que son agent a fait le travail, qui gère ensuite le retour, le remboursement, le SAV et la relation client ? Le commerçant ne risque-t-il pas de devenir un simple exécutant de la vente au bénéfice de l’IA ?
Guillaume Chiloux: Je n’ai pas forcément la réponse complète à ce stade. En revanche, je ne pense pas que la relation client soit mise de côté ni que ce soit la fin de la fidélité auprès des marques. La fidélité va devenir plus explicite et plus méritée. Le prix, la qualité, la disponibilité, la livraison ou les retours seront facilement comparés par un agent. L’e-commerçant devra donc être le plus transparent possible.
Une marque forte conservera son avantage si elle peut le démontrer dans les données qu’elle met à disposition. On sera moins dans le storytelling et davantage dans le concret. Le commerçant pourra toujours gagner et garder un client grâce à une très bonne expérience de bout en bout.
Cela peut même rebattre un peu les cartes de la compétitivité. Un plus petit e-commerçant qui a fait l’effort d’avoir un service client plus poussé, une livraison plus rapide, des informations précises sur l’arrivée du colis ou de meilleurs retours pourra être mieux considéré par un agent, puisque tous ces éléments pourront entrer dans la comparaison.
Tout dépendra évidemment de la manière dont l’utilisateur formulera sa demande. Si je demande à une IA de m’aider à acheter un manteau, je peux très bien privilégier un site où les avis et les retours sont bons, où la livraison est fiable ou dont les clients sont proches géographiquement. L’agent pourra intégrer ce type de critères si la demande les fait ressortir.
Je ne pense donc pas que ce soit la fin de la fidélité. C’est plutôt la fin de la fidélité aveugle : il faudra qu’elle soit méritée.
Nicolas Salin: Prenons un petit commerçant français équipé, pour la caisse et les ventes en ligne, de Polaris, WooCommerce ou d’une autre solution, avec son prestataire de paiement habituel et sans équipe informatique. Que doit-il faire aujourd’hui, concrètement, pour se préparer ?
Guillaume Chiloux: Il y a vraiment deux volets. Sur le paiement, nous jouons le rôle d’orchestrateur de l’ensemble des protocoles. Pour l’e-commerçant, quelle que soit sa taille ou sa volumétrie, cela évite de devoir s’intégrer lui-même à chacun d’eux, ce qui demanderait beaucoup de ressources, de temps et d’agilité. Si un agent vient sur son site, le prestataire technique doit pouvoir accepter le paiement en ayant pris en charge cette complexité.
Après, il y a toute la partie qui consiste à rendre le catalogue plus visible et le site plus transparent. Là, je sors du seul rôle du paiement. Il faut que les informations sur la qualité, la disponibilité, la livraison ou les retours soient bien écrites et exploitables par un agent.
Je compare cela à l’arrivée du smartphone. Avant, on faisait ses achats en ligne depuis un ordinateur. Quand le téléphone s’est imposé, il a fallu rendre les sites responsive, revoir la navigation et la pagination pour qu’ils restent utilisables sur un écran mobile. Les sites qui ne faisaient pas cet effort devenaient beaucoup moins accessibles aux personnes qui avaient pris l’habitude d’acheter depuis leur téléphone.
C’est la même logique qui va se présenter avec les agents : il faut que le site soit lisible pour eux. Sur la partie paiement, le prestataire prendra en charge la complexité des différents protocoles. Ce sont vraiment ces deux volets qu’il faut traiter, quelle que soit la taille du commerce en ligne.
Nicolas Salin: Quelle est votre échéance réaliste pour la France ? Quand un commerçant indépendant commencera-t-il à recevoir suffisamment de commandes initiées par des agents IA pour que le sujet cesse d’être prospectif ?
Guillaume Chiloux: Sur la temporalité, tout dépendra de la réglementation, mais il y a aussi une différence entre la volonté d’utiliser les agents et la confiance nécessaire pour leur confier un achat. Il peut y avoir une envie, sans que les gens soient encore prêts à déléguer réellement leurs achats.
Je fais souvent le parallèle avec le paiement sans contact ou le téléphone. Il a fallu du temps pour que les usages s’installent. Aujourd’hui, je ne sais même plus où est ma carte physique, je paie avec mon téléphone, mais il a fallu auparavant me prouver que la transaction était sûre, voire plus sûre. La confiance s’est construite par la répétition et l’habitude.
Pour l’agentique, il y aura le volet réglementaire, qui donnera un cadre, et le volet de l’usage : voir des transactions passer par des agents, constater celles qui se passent bien et regarder comment sont gérés les cas qui se passent moins bien. On revient forcément à la question de la responsabilité. Il faudra donner cette confiance aux consommateurs, aux commerçants et aux banques. Quelques transactions et quelques cas d’usage seront nécessaires avant que cela devienne naturel.
Maintenant, dire si cela prendra six mois, un an ou deux ans, je n’en sais rien et je n’ai pas de boule de cristal. En revanche, notre devoir, en tant que prestataire de paiement, est de travailler dessus dès maintenant. On sait que cela peut devenir un sujet à court, moyen ou long terme, et il faut être prêt quand les commerçants commenceront à nous le demander.
Si demain un commerçant nous dit que son concurrent commence à mettre cela en place et qu’il veut être prêt, nous devons pouvoir l’accompagner. C’est aussi là que se trouve une partie de la différence entre les prestataires. Checkout.com détient 100 % de sa technologie : nous savons ce que nous construisons et nous pouvons investir directement dans cette infrastructure.
Cela demande des ressources, bien sûr, mais l’objectif est que, pour le marchand final, toute cette complexité reste fluide et soit prise en charge par nous. Il ne doit pas avoir à gérer lui-même tous les protocoles qui se développent derrière l’expérience de paiement.
Nicolas Salin: Votre étude dit que 9 professionnels sur 10 se préparent déjà au commerce agentique, mais les 400 responsables de paiement interrogés sont au Royaume-Uni et aux États-Unis. En revanche, 2 002 consommateurs français ont été interrogés. Sans commerçants indépendants français dans ce panel professionnel, ne risque-t-on pas de surestimer leur degré réel de préparation ?
Guillaume Chiloux: Il y a d’abord le moment où l’étude a été réalisée : forcément, mettre en place une étude prend du temps. Et puis il y a la réalité opérationnelle du terrain. En tant que Head of Sales France et Europe centrale, je parle quotidiennement à des responsables paiement en France, notamment au sein du top 100 de l’e-commerce français. Ce que je vous ai expliqué pendant l’entretien vient aussi de ces discussions.
Il faut bien distinguer les résultats. Le panel comprend des consommateurs français, tandis que les responsables de paiement interrogés sont au Royaume-Uni et aux États-Unis. Sur les chiffres eux-mêmes, il faut donc garder cette différence en tête. Mais l’agentic commerce est aussi un sujet pour les e-commerçants français et les questions que vous m’avez posées aujourd’hui sont des questions qu’ils nous posent également.
Nous sommes environ 200 aujourd’hui en France et Checkout SAS, siège social européen de Checkout.com, est ici, à Paris. Nous avons donc beaucoup de retours de clients existants et de prospects français. La responsabilité derrière un agent, ce qui se passe en cas de problème, la confiance dans le parcours ou la manière de préparer l’infrastructure sont des interrogations que l’on retrouve ici aussi.
Est-ce que le pourcentage aurait été le même si les responsables paiement avaient été interrogés en France ? Je ne peux pas le dire. En revanche, le fond correspond bien à ce qui revient dans nos discussions avec l’écosystème.
Côté Checkout.com, nous construisons l’infrastructure et nous attendons que le cadre législatif se mette en place, avec cette responsabilité de prestataire technique qui consiste à prendre en charge la complexité. Que le marchand soit au Royaume-Uni, aux États-Unis ou en France, les questions techniques et de confiance sont très proches.
Nicolas Salin: Vous faites donc le lien entre cette étude menée au Royaume-Uni et aux États-Unis et les échanges que vous avez aujourd’hui avec l’écosystème français ?
Guillaume Chiloux: Oui. C’est la discussion que nous avons avec nos account managers et celle que j’ai eue encore récemment avec les réseaux de cartes. On n’a pas, côté Checkout.com, de volonté de surpromesse. On est plutôt là pour délivrer.
Le paiement est aussi un travail de l’ombre : c’est quelque chose qui est généralement invisible, et nous sommes très contents qu’il le soit pour l’utilisateur. Quand le paiement devient invisible, c’est généralement qu’il fonctionne bien. Plus l’expérience est invisible, fluide et rapide, plus l’infrastructure derrière est sophistiquée.
L’objectif reste donc que l’utilisateur arrive sur un site et que la transaction soit la plus simple possible, qu’elle soit agentique ou classique. Mais la vitesse sans la confiance n’a pas grand intérêt. Cette vitesse doit être portée par une infrastructure solide et par la capacité à prouver ce qui s’est passé pendant la transaction. C’est cette preuve qui vient soutenir la confiance.
Nicolas Salin: Visa a notamment annoncé des dispositifs permettant de reconnaître cryptographiquement un agent approuvé et son intention commerciale, ainsi qu’un partenariat avec OpenAI sur les paiements agentiques. Est-ce le signe que la technologie avance plus vite que le modèle de responsabilité et de confiance ?
Guillaume Chiloux: La technologie avance et la législation prend en compte ce qui se passe du côté de l’innovation. C’est toujours plus difficile de légiférer sur une innovation qui n’existait pas encore. Les acteurs de l’écosystème avancent donc sur des pistes, des projets et des pilotes pour que le législateur puisse ensuite encadrer tout cela et poser les garde-fous qui deviendront les standards de confiance.
Je ne me prononcerai pas sur ce que fait Visa en interne, parce que je n’ai pas de visibilité concrète sur son moteur. Mais tous les acteurs de l’écosystème travaillent pour que, lorsque le cadre sera fixé, l’infrastructure soit déjà prête.
De notre côté, l’objectif est de créer une infrastructure capable de gérer cette complexité et de s’adapter à la réglementation qui sera mise en place. Puisque nous détenons notre technologie, nous devons pouvoir rendre visibles les éléments que demandera le législateur et prouver la confiance tout au long du processus, avant même la transaction, au niveau du parcours.
Nicolas Salin: Si vous deviez laisser une seule idée aujourd’hui à un commerçant français, laquelle serait-elle ?
Guillaume Chiloux: Je me répète un peu, mais l’idée principale est de choisir un prestataire technique de confiance capable de comprendre ce qui se passe dans une transaction agentique. Aujourd’hui, beaucoup de choses restent encore à définir. On parle beaucoup du commerce agentique, mais nous n’avons pas la prétention d’avoir une boule de cristal et de savoir ce qui va se passer dans les dix prochaines années.
En revanche, un PSP doit être plus qu’un prestataire de service de paiement : il doit aussi être un partenaire. Dans PSP, le premier P peut changer, si vous voulez. Nous devons être aux côtés de nos commerçants et ne pas les laisser avancer à l’aveugle face à ce qui est en train de se construire.
Notre rôle est de prendre en charge la complexité technique, de leur éviter de se connecter eux-mêmes aux différentes API et aux différents protocoles, et d’orchestrer le paiement. Mais la stratégie restera celle du marchand. C’est lui qui décidera s’il souhaite accepter ces transactions, dans quelles conditions et avec quelle stratégie de paiement.
Nous sommes là pour construire avec lui la passerelle technique qui correspond à cette stratégie, tout en le rassurant sur l’expérience utilisateur et sur ce qui se passe réellement derrière la transaction.
Nicolas Salin: Guillaume Chiloux, je vous remercie pour ce tour d’horizon très complet.
Guillaume Chiloux: Merci beaucoup pour votre temps et au plaisir de vous recroiser bientôt.








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